Wero ou autres portefeuilles électroniques, « super apps »… Les nouveaux moyens de paiement fleurissent depuis quelques années. Face à cet essor, la carte bancaire n'a d'autre choix que d'innover si elle ne veut pas se voir ringardisée.
Face au foisonnement des nouveaux moyens de paiement, la carte à puce, qui a fêté ses 50 ans l'an dernier, est-elle condamnée à finir ringardisée au fin fond des portefeuilles ? Lorsqu'on pose la question dans les allées du Sommet CB, le rendez-vous annuel de l'écosystème des paiements français rassemblé autour du GIE Cartes Bancaires, la réponse est clairement non.
Pas très surprenant dans un monde d'aficionados du petit bout de plastique inventé en France. La carte a, de fait, une sacrée longueur d'avance : l'année dernière, pour la première fois dans l'Hexagone, les paiements par carte ont dépassé les paiements en liquide en magasin, représentant 48 % des transactions de proximité, contre 43 %. Les paiements mobiles ne représentant encore que 4 % des paiements.
Digitalisation accélérée
« Avant qu'un autre moyen de paiement ait la même place que la carte dans le réseau d'acceptation chez les commerçants, il y a de la marge », résume Thierry Leblond, chez Oaklen consulting.
Mais comment assurer son avenir, face aux nouveaux entrants comme Wero, la solution des banques européennes de paiement de compte à compte, ou aux « super apps » asiatiques, comme AliPay ou WeChat Pay, ou encore au projet d'Elon Musk dans les paiements ?
« Wero n'est pas un concurrent de la carte aujourd'hui, il est complémentaire, explique Jean-Paul Mazoyer, président de CB et directeur général adjoint de Crédit Agricole. Car il sert essentiellement au paiement de particulier à particulier, et demain, il permettra notamment de remplacer le chèque dont l'usage résiduel permet encore de payer le plombier, l'association ou la cantine des enfants. »
« En France, nous avons la certitude que la carte, qu'elle soit physique ou digitalisée dans un portefeuille électronique, va rester le moyen de paiement dominant au moins jusqu'en 2035 », ajoute Philippe Laulanie, le directeur général de Cartes Bancaires.
Et pour s'assurer que CB en récolte les fruits, le réseau de carte veut permettre à toutes les banques qui ont des cartes au logo CB de les mettre d'ici à la fin de l'année dans les portefeuilles de paiement mobile, comme Apple Pay, Google Pay ou Samsung Pay.
Innovations sur les cartes physiques
La Banque Postale, qui a basculé ses paiements Apple Pay en CB il y a quelques mois, en constate déjà les effets, assure le GIE Cartes Bancaires. La part des paiements CB aux commerçants serait immédiatement remontée en flèche, ce qui laisse présager que CB peut refaire son retard face à Visa et MasterCard, qui avaient jusqu'à présent une bonne longueur d'avance.
CB disposera également à partir de l'année prochaine d'une plateforme de tokenisation des paiements. Ceci permet des alias de cartes pour les paiements en ligne, afin de déployer le paiement en un clic ou « Click to Pay », déjà déployé par Visa et MasterCard.
Concernant le morceau de plastique physique, les innovations ne manquent pas non plus pour améliorer l'expérience. « Les fintechs ont énormément rafraîchi les cartes, et l'objet est devenu un véritable outil marketing, explique Anaïs Renault, directrice commerciale France chez Idemia Secure Transactions Payment services. Nous avons de plus en plus de types de carte, comme celles avec un code qui change pour chaque transaction, des cartes biométriques sur lesquelles l'utilisateur met le doigt au lieu d'entrer son code. »
Cette dernière innovation permet ainsi de payer sans contact, même au-delà du plafond de 50 euros, sans avoir à taper son code. Des banques comme BNP Paribas la proposent déjà à leurs clients. Quant à la matière de ces cartes, le plastique, qui pèche en matière de durabilité, cède de plus en plus la place au métal, comme chez Revolut qui en a fait un produit premium.
« Les deux composantes, physique et numérique de la carte, restent totalement complémentaires, ajoute Céline Savaton, responsable communication chez Idemia secure transactions, payment services qui offre aussi des solutions de tokenisation aux banques. La combinaison des deux fait qu'on va utiliser le mobile pour activer sa carte physique, en gérer les paramétrages, mais à l'inverse on va aussi utiliser la carte physique pour s'authentifier ou enrôler sa carte dans un wallet digital. »
Et même si Frédéric Burtz, le nouveau directeur des paiements de BPCE, « rêve d'un monde sans carte physique », à l'image de ce qu'ont fait les opérateurs télécoms avec la carte SIM dématérialisée, il admet qu'il reste un point noir. « Il faudra d'abord résoudre la question de ce qu'il se passe en cas de coupure des réseaux d'acceptation », a-t-il admis lors d'une conférence. En attendant, estime-t-il, pour assurer l'avenir de la carte, il faudra continuer d'investir, à l'image de ce que son groupe et BNP Paribas prévoient de faire sur vingt ans en créant Estreem, leur processeur commun de paiements par carte.
Par Marion Heilmann
Publié le 18 mars 2025 à 19:10