La Banque de France en pertes pour la première fois depuis plus de vingt ans

Comme l'an dernier, la banque centrale a subi les effets de la rémunération élevée versée aux banques sur leurs dépôts et des faibles revenus de ses portefeuilles obligataires. Conséquence, elle affiche une perte de près de 8 milliards d'euros en 2004.
Publié le 19 mars 2025 à 15:04
C'est une première depuis 2003. La Banque de France a présenté ce mercredi des résultats dans le rouge. La perte s'élève à 7,7 milliards d'euros au titre de 2024. La nouvelle était attendue, car déjà, l'année dernière, la banque centrale française avait dû puiser dans ses réserves pour présenter un bilan à l'équilibre. Et elle est totalement assumée.
« Cette perte est légitime », a affirmé le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Elle résulte de la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales pendant le Covid. Ces dernières ont acheté à tour de bras des obligations et inondé le système financier de liquidité pour soutenir l'économie et lutter contre le risque de déflation. Puis, lorsque les prix ont flambé après l'invasion de l'Ukraine, la BCE a remonté très rapidement ses taux.
Le phénomène est global. La BCE affiche par exemple des pertes de près de 8 milliards d'euros pour l'année dernière, et la Bundesbank de 19 milliards.
Conséquence de la politique monétaire
En cause, la forte hausse des charges de la Banque de France, liée aux dépôts excédentaires des banques auprès d'elle. Ces dernières sont rémunérées au taux de dépôt de la Banque centrale européenne, qui a bondi jusqu'à 4 % et qui a commencé sa décrue en juin 2024 pour atteindre désormais 2,5 %.
L'institution financière a donc dû verser aux banques un taux moyen sur leurs dépôts de 3,7 % en 2024, supérieure aux 3,3 % enregistrés en 2023. Une situation qui s'explique par le fait que la BCE les diminue plus lentement qu'elle ne les avait montés.
L'impact a toutefois été réduit par la baisse de la liquidité excédentaire dont ont disposé les banques. D'abord parce que le reliquat des TLTRO, des prêts offerts par la Banque centrale européenne aux établissements bancaires, a été intégralement remboursé par ces derniers. Et que la Banque de France a cessé de réinvestir les revenus issus des obligations de son portefeuille de politique monétaire arrivés à échéance dans de nouveaux titres. Elle a moins distribué, de ce fait, de liquidités aux banques de la zone euro.
Dans le même temps, les revenus des portefeuilles obligataires - constitués quand les taux étaient très bas - ont peu rapporté. « Ce double effet se traduit par un déficit des revenus nets de politique monétaire de 15,3 milliards d'euros », a signalé Denis Beau, sous gouverneur de la Banque de France. Les revenus d'avoirs en devises ont eux aussi baissé, de 3,88 milliards d'euros, mais il s'agit d'un effet de comparaison par rapport à 2023, lorsque 31 milliards de dollars avaient été cédés dans le cadre d'une opération exceptionnelle.
Solidité financière
Pour réduire ses pertes, la Banque de France a de nouveau recouru à ses réserves de sécurité, notamment le Fonds pour risques généraux (FRG), à hauteur de 10,1 milliards d'euros. Quant au déficit de 7,7 milliards, il sera « reporté à nouveau », c'est-à-dire imputé sur les futurs bénéfices que réalisera la banque centrale. Un montant tout à fait supportable. Entre ses fonds propres et ses plus-values latentes liées en grande partie à son stock de 2.400 tonnes d'or, elle affiche une situation financière nette de 202,7 milliards d'euros. Elle n'a donc aucun besoin d'être capitalisée, a martelé le gouverneur.
Cette situation devrait rester transitoire.
Du fait de ce déficit, l'Etat sera - comme l'an passé - privé tant de l'impôt sur les revenus que du dividende que lui verse traditionnellement la Banque de France et qui ont représenté 32 milliards d'euros depuis 2015. Cette situation devrait rester transitoire. La banque espère un retour à l'équilibre « dans un nombre limité d'années », sans plus de précision. Cela dépendra notamment de l'évolution des taux de la BCE. Après, l'institut monétaire devrait reconstituer ses réserves avant de reverser des dividendes à l'Etat.
Ce qui paraît certain, c'est que les pertes de la banque centrale ont atteint un pic en 2024. La baisse de la liquidité excédentaire des banques et la poursuite attendue de la baisse des taux de la BCE devraient rendre l'addition moins salée en 2025.

Par Guillaume Benoit

Publié le 19 mars 2025  à 15:04